Non seulement nous avons hérité des gènes de papa et maman mais aussi des problèmes de nos aïeux dont nous conservons les empreintes à notre insu. Alors que faire pour débusquer cette «famille qui vit en nous ?»

 

LES PROBLÈMES NON RÉSOLUS DE NOS AIEUX PERDURENT EN NOUS

Dans le premier volet sur les secrets de famille : LE POIDS DES SECRETS DE FAMILLE nous avons vu que toutes les familles ont des cadavres dans leurs placards. Nous avons vu aussi que la HONTE est en grande partie responsable de tous les secrets de familles mais il y a un point que j’aimerais aussi aborder ici :  il s’agit des empreintes laissées par nos aïeux dans notre psyché.

Tous ces non-dits qui nous viennent de papa et maman mais aussi des grands-parents, des tantes, oncles,  cousins enfin tous ces secrets qui finissent par «plomber» (si vous me permettez cette expression) notre propre vie sans que nous rendions compte qu’il s’agit, en fait , «d’un héritage psychologique qui remonte bien au-delà de nos parents ».

Il y a les secrets de nos parents ou aïeux mais aussi tout cet ensemble de projections, identifications et répétitions que nous faisons sans arrêt et qui constituent la trame inconsciente de notre personnalité et qui nous empêchent finalement d’être nous-mêmes.

 

Il y a quelques années un livre m’a profondément marquée parce qu’il faisait écho à pas mal de problèmatiques dont j’étais en train de prendre conscience grâce à ma psychanalyse, c’était  « Cette famille qui vit en nous de Chantal Rialland »

Je me suis tout naturellement tournée vers elle pour répondre à mes questions sur les secrets de famille et je suis certaine que ses paroles spontanées et enthousiastes vous ouvriront des chemins vers une meilleure connaissance de vous-mêmes.

 

LA PSYCHOGÉNÉALOGIE EXPLIQUÉE PAR CHANTAL RIALLAND

Chantal Rialland est depuis de longues années LA spécialiste de cette nouvelle thérapie, thérapie qui nous aide à «opérer ces prises de conscience nécessaires et libératrices, à mieux découvrir à qui nous nous sommes identifiés, quel rôle familial nous avons endossé sans en avoir l’intention et parfois contraints et forcés» comme elle nous l’explique dans l’introduction ce son livre.

Chantal vit actuellement aux Etats-Unis (Los Angeles) mais continue à donner des consultations et à écrire des livres.

TRANSCRIPTION DU PODCAST

S.Jung. Chantal, bonjour. J’ai lu votre livre «cette famille qui vit en nous» il y a quelques années et je l’ai adoré puisque grâce à lui j’ai suivi une formation en psychogénéalogie, c’est vous dire s’il m’avait marquée.

C.Rialland – Je suis très contente que le livre vous ait plu et aidé

S.J. Vous êtes LA référence en psychogénéalogie et j’aimerais que vous vous présentiez rapidement et que vous nous expliquiez pourquoi, et comment,  vous en êtes venue à vous intéresser à la psychogénéalogie et finalement ce qu’est la psychogénéalogie

C.R. Oui je suis passionnée par la psychogénéalogie et j’étais déjà thérapeute quand j’ai pour la première fois entendu parler de psychogénéalogie à l’occasion d’un tarot avec Alexandre Jodorowski …  ce dernier m’avait posé beaucoup de questions sur mes grands-parents et bien sûr j’avais beaucoup travaillé sur moi pour éviter les projections sur mes parents mes propres problèmes … mais je n’avais jamais envisagé mes parents sous l’angle de mes parents … c’est-à-dire comprendre que la façon dont mes parents avaient agi avec moi était en fait le fruit de leur propre histoire … et j’ai eu le déclic et ça m’a passionnée …

Alors qu’est-ce que la psychogénéalogie ?

C’est prendre conscience que nous avons bien sûr un inconscient personnel et un inconscient collectif mis en valeur par Jung (Carl Gustav) mais que nous avons aussi un inconscient familial. Nous serions différents si nous avions été élevés par une autre famille bien évidemment …

La psychogénéalogie a cette particularité de nous faire considérer nos parents non seulement comme nos parents … mais comme des êtres humains qui ont eux-mêmes une histoire et comprendre cette histoire permet de comprendre comment ils ont agi avec nous … de mieux les connaître et surtout de gérer cette influence …

Il y a trois mots-clés dans la psychogénéalogie : le mot PROJECTION, le mot IDENTIFICATION et enfin le mot IDENTIFICATION.

Quand nous sommes conçus, quand nous naissons …  nos parents projettent sur nous tout un ensemble de choses … On est attendus comme fils ou comme fille, on nous donne des prénoms ce n’est pas par hasard … on nous donne des étiquettes … nous avons les cheveux de maman … les yeux de grand-père …

 On nous donne des étiquettes intellectuelles, affectives … sexuelles suivant que nous soyons garçons ou filles …et en grandissant nous nous  IDENTIFIONS aux membres de notre famille  …nous, apprenons ce que c’est qu’être une maman … un homme … aux membres de la fratrie … aux stars de la famille … parce que qu’est-ce que nous voulons quand nous naissons ? C’est être aimés et avoir notre place

 Il est d’ailleurs intéressants de voir que les frères et soeurs avec les mêmes parents ont la même généalogie mais pas la même psychogénéalogie parce qu’ils n’ont pas fait l’objet des mêmes projections… des mêmes identifications et cela les entraîne à faire des répétitions différentes …

Alors il y a deux types de répétitions : celles que nous faisons plus ou moins consciemment … il y en a qui nous conviennent ou pas … et puis il y a les répétitions contre scenarii ou scénarios ou on s’efforce de faire le contraire de ce que l’on a vécus et qu’on en a souffert …

 La psychogénéalogie permet un travail de pardon … c’est un vaste thème … beaucoup ne veulent pas pardonner parce que ce serait cautionner des comportement difficiles voire odieux … en fait on pardonne pour soi … parce que tant qu’on va traîner des valises de haine, de colère de frustration  … on va les traîner avec nous et ça va attirer dans notre vie des choses semblables …

c’est comme si on avait des lunettes de soleil et on voit la vie et les autres à travers le filtre de ces lunettes de soleil, donc c’est très important de pardonner … pardonner ce n’est pas du tout ce qu’on croit … pardonner, c’est guérir les séquelles du passé à travers nous… et c’est à ce moment-là qu’on se réapproprie son histoire … qu’on transforme ce qui a été douloureux … parce que ça fait partie de nous … et on le transforme pour être utiles à nous-mêmes et aux autres …

S.J. ce n’est pas toujours facile

imagesC. R. C’est un énorme travail. Je cite souvent Françoise Dolto qui avait une maman qui était des plus difficiles. Françoise avait une soeur qui était décédée et sa mère lui disait : «dommage que ce ne soit pas toi qui soit décédée à la place de ta soeur  …»  Ce sont tout de même des phrases redoutables et elle disait aussi

 «tu n’as pas assez prié pour ta soeur c’est pour ça qu’elle est morte» … avouez que c’est dur … mais Françoise Dolto a fait le travail pour s’en libérer …mais elle n’aurait jamais créé la psychanalyse .. la psychothérapie pour enfants si elle-même n’avait pas souffert …

S. J. Tout ce qui nous arrive a une finalité et  il faut voir ce que l’on va faire de notre passé, comme d’un événement ou toute chose qui n’est pas agréable … est-ce qu’on va le traîner comme victime ou on va prendre la responsabilité de notre vie ? C’est quelque chose que j’ai souvent rencontré : LA VICTIMITE

 C. R. La psychogénéalogie est de plus en plus connue mais je dois dire que je suis absolument opposée à tous ces livres qui présentent la psychogénéalogie comme une chaîne de malheurs

S.J. Oui, j’ai entendu récemment une interview que vous donniez à propos de votre dernier livre  – Vivre mieux grâce à la psychogénéalogie : Comment donner du sens à notre histoire pour devenir nous-mêmes (dont nous aurons l’occasion de reparler dans une prochaine interview)  où précisément vous parlez d’un sujet qui me tient à coeur c’est PRENDRE LA RESPONSABILITÉ DE SA VIE ,

ce n’est pas toujours facile mais là … vous avez abordé ce problème et cela a eu une grande résonance avec moi tant aux plans professionnel que personnel … parce que je rencontre beaucoup de gens qui sont d’éternelles victimes … « ce n’est pas ma faute, c’est la faute de l’autre»  

et les livres dont vous parlez ont, c’est vrai,  tendance à nous dire : «ahlalala avec les parents que j’ai eus, les choses que j’ai vécues, ce n’est pas facile» mais l’approche* que vous faites dans ce livre est celle que je prône tout le temps c’est-dire :«Prendre la responsabilité de notre vie»

C. R. Et la psychogénéalogie permet vraiment de comprendre pourquoi nos parents quand ils ont été difficiles ont agi de cette façon et le plus terrible c’est que souvent on souffre de choses qui n’ont rien à voir avec nous. Dans la famille seuls les garçons avaient droit à la parole et les filles étaient mises sous le boisseau

Bien sûr que notre mère même si elle en a souffert va reproduire le même schéma et préférer notre frère … mais ça n’a rien à voir avec nous en tant que personnalité, toute fille aurait vécu la même situation …

S. J. Mais ce n’est pas toujours facile à vivre et vous dites dans la fin de votre livre («cette famille qui vit en nous) qu’il faut s’en libérer alors si vous êtes d’accord j’aimerais au cours d’une autre interview que vous nous disiez précisément comment le faire …

C. R. Oui tout à fait d’accord, ce livre dont nous parlons est un peu le solfège de la psychogénéalogie … il explique comment elle fonctionne … nous nos frères et soeurs … notre mère … notre père … c’est plein d’exemples et il n’y a aucun jargon …

S. J. Donc pour conclure Chantal une personne qui écoute votre interview pourquoi achèterait-elle votre livre …

C. R. Cette personne …  elle achèterait mon livre parce qu’elle voudrait mieux se connaître … parce qu’elle s’apercevrait qu’elle fait un peu des choses un peu contre sa volonté … parce qu’elle aurait eu des problèmes dans son enfance … parce qu’il y aurait des problèmes familiaux qui se réactualiseraient à ce moment-là …

c’est un livre pour se comprendre et découvrir comment nous influence notre famille et comment utiliser ce qu’il y a de meilleur et transformer ce qui nous empêche de vivre …

S. J. Eh bien Chantal, je vous remercie une fois encore pour cette interview et je vous dis à bientôt pour continuer cette conversation dont le sujet sera « FAUT_IL DÉTERRER LES SECRETS DE FAMILLE » qui paraîtra la semaine prochaine

*(je dis abordage dans le podcast , mot portugais au lieu d’approche, ce sont les aléas de la vie à l’étranger parfois on cafouille, désolée)

Site de Chantal Rialland où vous pouvez la contacter

Voici les livres dont je parle dans ce podcast

Chouchou de la semaine

 

 

Mon Chouchou de la semaine l’article de Michèle sur son blog LE CHEMIN DE SOI : « STOP AUX AUTO-SABOTAGES » dont le titre parle par lui-même

 

 

 

 

16 commentaires
  1. Bonjour Sylviane
    Quelle bonne idée cet interview
    Je suis aussi une grande fervente de la psychogenealogie et des constellations familiales.
    Pour ce qui est du pardon, j’aime l’idée que nous nous pardonnons a nous mêmes le fait d’avoir fermé notre coeur en prenant comme excuse l’injustice qui nous été faite

  2. Bonjour Sylviane,

    Il y a toutes sortes de notions autour de ce que nous ne savons pas et qui peut nous nuire, qui vient de notre famille, de nos ancêtres, etc.

    Je préfère me pardonner pour ce que je porte en moi : mémoires, croyances, blessures émotionnelles, etc. au lieu de m’identifier aux souffrances.

    Le pardon c’est bon pour soi, car on dit «pars donc» à ce qui nous fait souffrir: je te libère de ton emprise sur moi, d’où l’importance de comprendre qu’on se libère soi-même.

    Amicalement,

    Sco! 🙂

  3. Bonjour, Qu’en est il d’un secret qu’on découvre après le décès de sa maman. Sur la copie de l’acte de naissance de la mairie le nom du père a été barré (doc. récupéré suite au décès de ma maman sur le livret de famille de ma maman et de mon papa, ma mère apparait comme enfant de madame …. et monsieur : NEANT. Ma maman est née en 1919, reconnue enfant posthume de Mr. …..). Je n’ai jamais ft ma vie, ni ma soeur.

  4. … ma mère ne nous a jamais dit qu’elle avait eu un père qui l’avait reconnu et qu’ensuite le nom de ce père lui avait été retiré (il est barré sur la copie du cahier de la mairie qui date donc de 1919). Ma mère a été dans le déni. Ca a été une sacré surprise pour ma soeur et moi-même, nous n’avons jamais entendu parlé de ce père. Tout ce que je me rappelle c’est qu’enfant je sentais qu’il ne fallait pas poser de question, du coup je ne disais rien.

  5. … pensez-vous que ça a forcément un impact sur ma vie ou aucun ? Si quelqu’un pouvait me le dire ? Est ce que inconsciemment ma maman m’aurait transmise « des choses que j’aurais stockées » dans mon inconscient et qui ne me « faciliteraient »par la vie, (u que c’est dur à expliquer) ou alors que je passe à travers de ce secret (je ne sais pas ce qu’il s’est passé pour qu’on retire à ma mère le nom de son père). Cdlt.

  6. Merci Sylviane de m’avoir répondu. Malheureusement je n’ai connu ni la famille de ma mère ni la famille de mon père (je suis née trop tard) aucune photo rien (donc la généalogie c’est fichu pour moi) ! J’ai relevé dans l’interview : « de voir que les frères et soeurs avec les mêmes parents …. des mêmes projections. » Exact ! je n’ai aucune confiance en moi (hérité de ma mère) et je n’ai pas été voulue (tout comme ma mère). Bonne fin d’année.
    Je dirai

  7. Merci beaucoup Sylviane d’avoir pris le temps de me répondre. Bonne fin d’année.

  8. […] C’est d’ailleurs grâce au livre « Cette famille qui vit en nous » que je l’ai connue et je peux vous dire qu’elle est vraiment bonne dans ce qu’elle fait. Pour ceux que cela intéresse,  vous pouvez lire l’interview que j’ai faite avec elle sur le sujet « LES SECRETS DE FAMILLE, CETTE FAMILLE QUI VIT EN NOUS » […]

  9. Bonjour Sylviane,
    J’ai commander le livre car déjà convaincue de la puissance de l’histoire de famille, je voudrais voir ce point de vue! Merci pour ce podcast et heureuse de t’avoir rencontrée! Bonne année.

  10. Bonjour,

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